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Cheikh Anta Diop, parrain de l'université
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Par ses travaux, Cheikh Anta Diop a permis aux africains, au peuple noir de retrouver son histoire, son identité, sa conscience historique c’est à dire ce ciment qui réunit les individus d’un peuple, qui fait qu’un peuple n’est pas une population, un agrégat d’individus sans liens. Il a brisé les mythes et cassé les préjugés. Dans son dernier livre Civilisation ou barbarie publié en 1981, il écrivait ceci : «L’Africain qui nous a compris est celui-là qui, après la lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme, animé d’une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d’une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion.»

RESTAURER LA CONSCIENCE HISTORIQUE AFRICAINE, LE COMBAT DE TOUTE SA VIE

Cheikh Anta Diop appartient à la génération des intellectuels africains de la deuxième guerre mondiale. Il est né à Thieytou à Diourbel au cœur du Baol le 29 décembre 1923 dans une famille noble. Son grand-père Massamba Sassoum Diop est le fondateur du village. Après l’école coranique et quelques années d’école primaire française (école régionale de Diourbel où il obtient son certificat d’études primaires en 1937), il fait ses études secondaires aux lycées de Dakar et de Saint-Louis.
Il passe ensuite le baccalauréat de philosophie et de mathématiques élémentaires en 1945. Arrivé à Paris l’année suivante, il entre en mathématiques supérieures au lycée Henri VI, passe sa licence de philosophie et entame des études scientifiques (Physique Chimie, Chimie nucléaire). Il épouse en 1953 une française Louise Marie Mayes, diplômée d’études supérieures en géographie. De cette union naîtront quatre fils : Cheikh Mbacké, Massamba Sassoum, Samory et Jomo Kenyatta.

A la Sorbonne, Cheikh Anta Diop se voit dans l’impossibilité de soutenir sa thèse de doctorat Nation Nègre et culture. En fait, il n’arrive pas à constituer le jury. Les égyptologues pressentis s’opposent à sa thèse de l’Egypte nègre. C’est là que se situe son combat fondamental, l’œuvre de toute sa vie. Il lui fallait rendre l’Egypte à l’Afrique et par la même occasion restituer son histoire. A propos de cette œuvre maîtresse de Cheikh Anta Diop «Nation Nègre et culture – De l’antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire aujourd’hui», Aimé Césaire dira que «le livre le plus audacieux qu’un nègre ait jusqu’ici écrit et qui comptera à n’en pas douter dans le réveil de l’Afrique» (Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine 1955).

Pour mieux évaluer la portée de son combat, il est absolument indispensable de le restituer dans le contexte de son époque.


UN COMBAT DANS UN CONTEXTE HOSTILE ET OBSCURANTISTE

Nous sommes dans le contexte de la domination coloniale. A ce moment encore, dans les programmes scolaires on étudiait l’Afrique moins l’Egypte. Tout se passait comme si l’Egypte, bien que géographiquement située en Afrique, devait, pour l’histoire être rattachée au Moyen-Orient donc à l’Asie. Par conséquent, les habitants de l’Egypte pharaonique étaient des blancs même si «leur pigmentation était foncée». Le résultat de cette logique est de faire donc des peuples d’Afrique noire une race privée d’assises historiques. En clair, ceci voulait dire que «les peuples noirs sont sans écriture, ils n’ont inventé ni la poudre, ni la boussole, ils n’ont ni histoire ni antiquité et par conséquent pas d’évolution dynamique». L’idéologie esclavagiste et colonialiste va justifier la domination en niant aux nègres toute existence historique intelligible. C’est la nuit ahistorique, comme on le disait, qui va justifier les formes les plus atroces de domination et la prétendue «mission civilisatrice» de l’Occident. C’est à ces préjugés que Cheikh Anta Diop va commencer à s’attaquer dès 1946.

Malgré tout, au début des années 60, Cheikh Anta Diop obtient le titre de Docteur d’Etat en présentant selon l’usage de l’époque deux thèses : l’une sur l’Afrique noire précoloniale, l’autre sur l’Unité culturelle du monde noir. Après son doctorat, il décide de revenir au Sénégal : «Je rentre sous peu en Afrique où une lourde tâche nous attend tous. Dans les limites de mes possibilités et de mes moyens, j’espère contribuer efficacement à l’impulsion de la recherche scientifique dans le domaine des sciences humaines et celui des sciences exactes. Quant à l’Afrique noire, elle doit se nourrir des fruits de mes recherches à l’échelle continentale. Il ne s’agit pas de créer, de toutes pièces, une histoire plus belle que celle des autres, de manière à doper moralement le peuple pendant la lutte pour l’indépendance, mais de partir de cette idée évidente que chaque peuple a une histoire.» Cheikh Anta Diop, interview in La Vie Africaine n°6 mars-avril 1960, p.11).

… ET DANS LA SOLITUDE INTELLECTUELLE

Au Sénégal, CAD entreprend de créer en 1961 un laboratoire de datation par le Carbone 14 (radiocarbone) au sein de l’Ifan de Dakar alors dirigé par le professeur Théodore Monod. Il ne lui confiait aucun enseignement en sciences humaines. Malgré tout, il reprend puis développe ses arguments sur l’Egypte nègre. Quels sont ses arguments ?

Les Egyptiens de l’antiquité étaient des nègres. L’édifice occidental de l’histoire universelle se trouve bousculé dans ses fondements. Pour étayer cette architecture révolutionnaire, il s’appuie sur les témoignages des auteurs grecs de l’antiquité en premier lieu Hérodote qui avait écrit que les Egyptiens ont «la peau noire et les cheveux crépus». Il s’appuie également sur les témoignages de la Bible et sur la parenté linguistique entre l’Egyptien ancien et l’Afrique noire. Il utilise aussi l’argument scientifique notamment le test à la mélanine sur les momies égyptiennes pour arriver à la conclusion que les pharaons d’Egypte étaient également des noirs.

Cheikh Anta Diop précise que si l’occident a nié l’antériorité des civilisations nègres, ce n’est pas par ignorance mais par idéologie car il savait. En effet, c’est au moment où l’impérialisme atteint son apogée au XIXe siècle que l’occident qui se croyait chargée d’une mission civilisatrice en direction de l’Afrique, découvre en fouillant dans le passé, que c’est précisément cette Afrique noire à l’époque son esclave, qui, via l’Egypte ancienne, lui a donné tous les éléments de la civilisation aussi extraordinaire que cela puisse paraître. Et cette vérité que le nègre ait pu connaître une promotion historique dans le passé, l’occident ne pouvait l’admettre. Cheikh Anta Diop accusera toute une lignée d’égyptologues d’avoir falsifié l’histoire de l’humanité de générations en générations et d’avoir de ce fait «commis le crime le plus grave contre la science et l’humanité».

Progressivement, dans les sphères universitaires internationales, on commence à reconnaître ses œuvres. En 1970, Cheikh Anta Diop joue un rôle de premier plan au sein du comité scientifique international pour la réécriture de l’Histoire africaine. Une entreprise initiée par l’Unesco. C’est d’ailleurs dans le cadre de la rédaction de L’Histoire générale de l’Afrique, qu’à son initiative, se tient au Caire, du 28 janvier au 3 février 1974, un colloque, sur Le peuplement de l’Egypte ancienne et sur le déchiffrement de l’écriture méroïtique, qui réunissait des égyptologues du monde entier parmi les plus éminents. La conclusion générale indique que : «La très minutieuse préparation des communications des professeurs Cheikh Anta Diop et Obenga n’a pas eu, malgré les précisions contenues dans le document de travail préparatoire envoyé par l’Unesco, une contrepartie toujours égale. Il s’en est suivi un véritable déséquilibre dans les discussions.»

A l’issue de ce colloque et grâce à sa persévérance, l’Afrique retrouvait officiellement ses racines et l’Egypte son identité rendant ainsi aux peuples noirs une dignité qu’on leur avait longtemps refusée.

...SA VISION POLITIQUE

Son combat intellectuel a eu naturellement un prolongement politique. CAD est connu pour son nationalisme. Dès 1960 il appelle à une mobilisation générale autour d’un vaste projet sans lequel il n’ y a point de salut, le panafricanisme. En 1974, il pose les fondements culturels, industriels et techniques d’un futur Etat fédéral d’Afrique noire et souhaite plus exactement l’établissement d’un Etat s’étendant du tropique du cancer à la pointe sud du continent. Il prévient contre le risque de «sud-américanisation» du continent et annonce que le développement dans une langue étrangère est un leurre. En février 1976, il crée, dans la clandestinité, le Rassemblement national démocratique (Rnd), parti qui ne sera officiellement reconnu qu’en 1981.

UN DEVOIR DE MEMOIRE MAIS UN COMBAT A PERPETUER


Par ses travaux, Cheikh Anta Diop a permis aux africains, au peuple noir de retrouver son histoire, son identité, sa conscience historique c’est à dire ce ciment qui réunit les individus d’un peuple, qui fait qu’un peuple n’est pas une population, un agrégat d’individus sans liens. Il a brisé les mythes et cassé les préjugés. Dans son dernier livre Civilisation ou barbarie publié en 1981, il écrivait ceci : «L’Africain qui nous a compris est celui-là qui, après la lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme, animé d’une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d’une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion.»

Si nous lui rendons hommage, 19 ans après sa mort, c’est par devoir de mémoire car nous n’avons pas le droit d’oublier. Mais nous ne devons pas nous souvenir pour nous souvenir simplement. Au-delà de l’hommage que nous lui rendons, nous devons nous nourrir des fruits de ses recherches mais surtout perpétuer son combat car son œuvre comme toute réalisation humaine reste inachevée et a besoin d’être approfondie. Le professeur Joseph Ki-Zerbo disait à juste titre qu’il «n’avait pas fini de vider son carquois». Il faut noter qu’aujourd’hui, sa pensée politique, le panafricanisme comme projet ou idéologie de l’unité africaine est d’une étonnante actualité. A mon avis, il faut faire plus et mieux que de parler de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, il faut l’enseigner.

On retiendra en définitive que C.A..D. est un homme multidisciplinaire, un touche à tout, un brillant intellectuel auteur de nombreux ouvrages, un homme politique, un homme de sciences, un chercheur qui a créé et dirigé le laboratoire de radiocarbone de l’Ifan qui porte aujourd’hui son nom de même que l’Université de Dakar où il n’eut la possibilité d’enseigner qu’à partir de 1981.

Cheikh Anta Diop nous a quitté le vendredi 7 février 1986 en début d’après-midi. Il repose selon sa volonté dans son Thieytou natal.

 





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